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ZAFIMAHAVITA
Contribution à lethnographie dun village du sud-est malgache :
sur le choc des cultures
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B. C. avec
Phidélys RAOULISON et Bakoly RAZAFINDANDY
Le village dAmbila , construit sur une butte exondée des marais du même nom, occupe dans la vallée de la Manañano une fonction politique et religieuse quil doit à son ancienneté. Il essaimera en plusieurs villages-cadets, généralement établis sur dautres éminences, du rivage de locéan jusquaux contreforts du pays Tañala. La place centrale du village, au sommet de la colline, est occupée par les grandes maisons (trañobe) des treize clans dAmbila. Le centre de la place donne à voir la constitution : trois pierres, comme les trois pierres du foyer, représentant les clans fondateurs sont fixées dans le sol. (Il y a treize ventres au sens de lignée et trois ventres au sens de clan). De part et dautre de la pierre centrale, deux poteaux, dinégale hauteur, où lon suspend la bosse du zébu sacrifié, représentent la fonction guerrière et la fonction sacerdotale. Une division nord/sud, explicitement marquée, coupe le village en deux et inscrit dans lespace la principale subdivision politique.
Ambila est un village émancipé de lancien royaume Antemoro, reconstitué et réinterprété selon une formule égalitaire. Les Antemoro, immigrants islamisés qui ont fait alliance avec des populations locales, simposent à elles à la faveur de leur connaissance des choses du ciel et des choses de la terre, du pouvoir temporel et du pouvoir religieux. Ils apportent en effet lécriture et une magie supérieure. La possession des Sorabe, textes à dominante astrologique, et la connaissance des rites sacrificiels permettent ainsi aux nouveaux venus qui se réclament de lislam dasseoir une domination exprimée par lenrôlement des autochtones dans les rizières, les pâturages et les armées et par le privilège de labattage (justifiant lattribution de la croupe de tout animal sacrifié). A la fin du XIXème siècle, les tributaires, globalement désignés par lappellation de Fanarivoana, pourvoyeurs de richesses, puis dAmpanabaka, ceux qui se séparent ou ceux qui trompent, se révoltent. Cest lady sombily, la guerre pour labattage des bufs. Les Ampanabaka sapproprient les rizières et sacrifient désormais pour leur propre compte. Les dominants trouvent protection auprès des Merina, qui ont établi une garnison dans la région. Loccupation française substitue une autre domination à cette féodalité exercée par le monopole des rites (possession du calendrier et du couteau sacrificiel) et par une stricte endogamie.
Résultat dune histoire complexe, faite dinfluences malgaches anciennes et de valeurs islamiques acclimatées, histoire dont les érudits nont pas véritablement réussi, depuis Flacourt et sa remarquable Histoire de la Grande Isle Madagascar en 1656, à dénouer les fils, la société dont nous présentons ici quelques traits sous langle de lanthropologie politique - nous tentons de décrire ce qui se manifeste sous nos yeux sans avoir les moyens de remonter aux origines - nous paraît présenter un modèle détude idéal pour comprendre la confrontation des valeurs traditionnelles et de la modernité.
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La disposition spatiale et la constitution politique
Dès quon accède au centre du village qui occupe le sommet de la colline, il apparaît dévidence que la disposition des grandes maisons est tout sauf aléatoire. Lespace social, lespace domestique, la vie humaine et lactivité rituelle sont marqués par cette disposition fondamentale. La vie quotidienne à Ambila diffère donc par cela même assez notablement de ce quon peut observer dans les fotro, les fermes disséminées dans la campagne où résident les familles, soit à proximité des rizières, soit au milieu des plantations de café, de letchis ou de manioc. La structure spatiale et la structure en étage de la colline font de celle-ci un centre administratif, politique et religieux et les maisons qui loccupent sont en réalité des maisons de fonction. Le système politique étant caractérisé par la rotation des charges, les familles quon peut voir installées dans telle maison, noccupent pas leur habitation propre. Iabani Jin, par exemple (le petit Monsieur qui a onze enfants, selon le mot de Iabani Justin, un de nos principaux informateurs), qui était loha-trano (tête de lignée) lors des précédents séjours, occupe maintenant la maison du tovoho (ladjoint au roi). Iabani Landy et son épouse , qui habitaient à létage au-dessous de la maison de Iabani Justin, nhabitent plus la colline, etc. La structure en étage du village ne résulte pas seulement dun dispositif contre la propagation du feu mis en place quand le village a été refait après lincendie qui la ravagé en 1962. Elle correspond à la fonctionnalité sociale. Le sommet de la colline a été arasé denviron trois mètres pour constituer le plateau où se trouvent les grandes maisons. Sur le flanc Est de la colline, il faut descendre quatre terrasses à partir du plateau central, larges chacune de vingt à trente mètres, pour atteindre le niveau des rizières au milieu desquelles coule la Mananano. Les maisons du côté Est, où sont regroupés les Antelohony Mainty essentiellement concernés par cette relation, se répartissent ainsi : sur le plateau central la trañobe, la maison de ladjoint (tovoho) et la maison de la tête de lignée (loha-trano) ; puis à létage inférieur deux maisons de conseillers ; puis la maison du ritualiste du clan, quelques maisons de famille dont certaines sont occupées par des femmes divorcées (ampivanditra) ; puis de nouveau des maisons familiales occupées par des divorcées (dont le nombre et la présence temporaire sexpliquent par une pratique originale dunions conjugales successives) - cest là aussi que se trouvait la maison de la responsable des femmes, quand les associations féminines traditionnelles jouaient un rôle vraisemblablement supplanté aujourdhui par les associations religieuses) ; enfin, à létage inférieur, de futurs responsables dans lattente de leur prise de fonction.
La colline dAmbila est divisée en deux moitiés selon laxe Nord/Sud, Antelohony au Sud et Be no Velo (Antebe et Antevelo) au Nord. Cette division entre clan du Nord et clan du Sud se prolonge jusquau quartier dAnivorano (ancien site marqué par une pierre de fondation où seffectuent toujours certains sacrifices, comme le sacrifice au fleuve qui a eu lieu lors de notre séjour de janvier 2000). Les Antelohony sont divisés entre Antelohony Mainty, à lEst, les Antesira au Sud-Est, les Antelohony Fotsy au Sud-Ouest et les Antepody à lOuest. Symétriquement aux Antelohony Mainty se trouvent les Antebe Fandalava, puis au Nord les Vohitrakondro ; à lOuest, enfin, faisant face aux Antebe, les Andriambejamaba et, vers le Nord, les Andremaro et les Anterasidina (certains clans étant subdivisés en plusieurs grandes maisons : voir le plan de la place centrale de la colline).
Loriginalité de la constitution sexprime par le caractère électif, la rotation triennale des fonctions cheffales, une division ternaire correspondant aux groupes originels et par un souci de parité entre ces groupes fondateurs (chaque titulaire est pourvu dun adjoint appartenant à une unité symétrique). Chacune des trois unités de base possède un chef (mpanjaka), chaque maison collective est dirigée par une tête de maison et le village par les deux rois responsables des appels (mpanjaka tomponentso), lun chez les Be no Velo (recruté chez les Antebe) et lautre chez les Antelohony, souverains dont la charge est triennale. La trañobe est à la fois un lieu de réunion, un lieu de culte, une habitation pour le représentant élu du clan et un hébergement occasionnel pour les habitants dautres villages venus pour une solennité. La trañobe du roi en exercice se distingue par la possession dun récipient (vata), haut denviron 80 centimètres, fait dun tronc darbre évidé, muni dun couvercle, parfois enveloppé de nattes et contenant, avec le riz et le miel, les attributs de la royauté dont la conque (antsiva) et un bouclier de peau utilisé lors de la circoncision. Ce récipient est déposé à langle nord-est de la trañobe. Le roi nest en fait que la personnification de la volonté commune, exprimée par le conseil des anciens et les dignitaires ne sont pas à labri, comme on le verra, des sanctions collectives. Cest par le jeu dune représentation constitutionnellement redistribuée et régulièrement soumise à examen que sorganise la vie sociale. Ambila tient aussi sa centralité politique et religieuse de cette visibilité : la constitution étant matérialisée par lorganisation spatiale de la colline. Toutes les lignées, tous les clans sont ainsi représentés sur cette figure princeps de la société. Cest là que se règle la vie de tout le territoire, quon décide des activités agricoles et rituelles, quon rend la justice, quon procède aux élections pour les différentes charges, quon reçoit les hôtes de marque... Un litige non résolu au sein dun village cadet sera porté à Ambila. Cest là que les grands rassemblements se tiennent, rituels ou exceptionnels , et cest là quun défunt reviendra et quil sera veillé avant quon ne lemmène au tombeau.
Iabani Justin, (i. e. le père de Justin), un des principaux protagonistes de cette narration, est un notable qui a déjà eu affaire aux ethnologues, tant vazaha (ORSTOM) que malgaches (Université dAntananarivo). Bien quil ne soit quun acteur, parmi dautres, du jeu politique et quil ne soit pas véritablement un spécialiste rituel, il se pose en légataire de la tradition. Cest à ce titre quil reçoit les visiteurs. Il nest pas sans en tirer prestige et profit, ce qui lui vaut quelques jalousies. Il exerce actuellement, en raison de son âge et de son autorité personnelle, une fonction officielle, religieuse et juridique à la fois, qui autoriserait à le définir comme le prêtre dAmbila. Il joue en réalité un rôle de premier plan qui outrepasse cette fonction. Cest dailleurs sans doute certains traits de sa personnalité qui expliquent les péripéties qui suivent. La constitution est une chose, ce quen font les hommes en est une autre. On peut considérer aussi que les tensions auxquelles nous allons assister - et dont nous allons être involontairement prétexte - constituent le jeu normal dun système fondé sur un équilibre en perpétuel renouvellement entre les clans, entre les lignées, entre les familles. La constitution décrite plus haut, dont il sest avéré impossible de dater avec précision la conception et la mise en uvre, les informateurs répugnant à parler dhistoire, avec son souci égalitaire est travaillée par deux forces contraires. La première, cest lappétit de chacun des contractants à faire valoir cette égalité à son profit : même si la constitution résulte dun contrat, le droit constitutionnel de faire valoir ses intérêts, limité par les droits égaux des autres contractants, peut excéder légalité à la faveur dune supériorité démographique, économique, politique ou rhétorique (kabaristique) dun groupe. La seconde, cest la propension (légitimée par une histoire qui a fait son temps) des clans se réclamant dune supériorité rituelle voire dune origine aristocratique à se prévaloir dune autorité religieuse supérieure et dune aptitude avérée à lexercice du pouvoir. Certains groupes daristocrates qui ont essaimé au cours des siècles à partir de Vohipeno, ou qui ont été défaits au cours de conflits dynastiques, installés à proximité des tributaires dont ils étaient les médiateurs religieux obligés, notamment pour légorgement, sont en effet restés sur place. Selon un informateur (un aristocrate Anteony de Vohipeno) : Les trois ethnies [terme employé par linformateur] sont séparées [spécialistes du pouvoir et ritualistes faisant face aux tributaires], mais quand elles fondent un nouveau village, elles se soudent en un seul bloc. Dans une société issue dune féodalité où le pouvoir politique et le savoir rituel étaient intimement associés, la question se pose de savoir comment légitimer lorganisation sociale. La solution retenue paraissant être : la religion des aristocrates sans les aristocrates. Les conflits ici décrits révèlent peut-être donc moins une crise constitutionnelle (Iabani Justin se demandant sil ne serait pas plus pratique dassumer les fonctions à vie...), que le fonctionnement ordinaire de la constitution dans son jeu et son idéal déquilibre entre des intérêts contradictoires. Jeu qui se solde dans un consensus final. Jusquau prochain conflit... Ils révèlent peut-être aussi, alors quune autre forme de pouvoir est en train dentamer la tradition - celui des agents de lÉtat et des opérateurs économiques- la difficulté, pour qui emprunte les signes dautorité à une féodalité révolue, à se créer une légitimité spécifique.
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Du village à la mappemonde : un peu de géopolitique avec Iabani Justin
Arrivés à Ambila en janvier 1998, nous demandons la maison de Iabani Justin. Pour lun de nous, ce sont des retrouvailles. Phidélys a un pincement au cur : nous ne savons pas si le vieil homme, qui a été son informateur en 1985, est toujours vivant. Iabani Justin reconnaît bien entendu Phidélys. Émotion visible des deux côtés. Phidélys a bien grossi... Lhomme a lair solide. Il nest pas aux champs, car il se remet dune maladie. Il est en train de bricoler avec un marteau, quelques clous et trois lattes de bois, la porte de lEst, celle des ancêtres : Cest pour empêcher que les enfants ne tombent de lautre côté..., la case étant construite sur un plancher surélevé et se trouvant au bord dune terrasse. Il a de lhumour et part souvent dun grand éclat de rire : tous les vieux sont partis, sauf lui. Il est le dernier. Il est donc le prêtre du village. Quand le curé a commencé à construire sa nouvelle église, il lui a demandé dêtre là pour la pose de la première pierre, il en sera de même pour la pose de la croix. Cest un ancien de linsurrection de 1947. Il connaît un peu de créole quil a appris à Diego où il a été au bagne, prisonnier des français pendant deux ans. Là-bas, un gardien du nom de Valéry demande un jour : Qui sait écrire le français parmi vous ? deux ou trois hommes se présentent finalement, après Iaban'i Justin. Il leur fait écrire leur nom sur un sac de ciment qui se trouve là. Il dit : Ce sont ceux qui savent écrire qui ont tué les français. Le gardien déclare alors comprendre les malgaches qui se sont battus pour leur patrie comme lont fait les français (pendant la seconde guerre mondiale). Il donnera des cigarettes à Iaban'i Justin quil devait fumer, nous précise-t-il, avant de rentrer à la prison. Alors que nous parlons du tressage traditionnel, sa femme étant occupée à confectionner une natte, il explique que pendant les événements de 47, les combattants se ceinturaient dun jonc et que les balles des français passaient autour deux sans les atteindre. Mais les français avaient une sorte daimant qui leur permettait de trouver les combattants là où ils se cachaient. Laiguille pointait dans cette direction jusquà ce que le malgache soit mort. Les malgaches savaient se rendre invisibles, mais cet aimant était capable de les voir. Alors que nous sommes sortis de la maison, le vieil homme nous dit en aparté que ce sont les prêtres qui ont trahi les insurgés. Ils révélaient où ils étaient cachés. Venez, disaient-ils encore, ils ne viendront pas vous chercher là. Ils trahissaient la confession. Sil ne va pas à léglise, explique-t-il, cest pour cela. Le dimanche, il ne travaille pas. Il va à la trañobe, prier les ancêtres.
De retour à la maison, vers midi, Iaban'i Justin nous montre quelques photos de son père. Lui et sa première femme. Son carnet de travail à Diego. Sa carte didentité française au nom de Lenony : né en 1923 ; célibataire ; yeux marrons ; signes particuliers : cicatrices sur les deux jambes. Il dira : je ne suis pas allé à la Réunion parce que je naurais pas vu mourir mon père et ma mère et je ne serais pas aujourdhui, en raison de mon âge, le sage du village. Son créole se limite, en réalité, à des expressions aussi incontournables que : Et le piment ? couillon !... Iabani Justin nest pas le père de Justin, Justin étant le fils de son frère, mais on lui a donné ce nom, quand il est rentré de Diego, parce quil avait lâge et le statut dun père.
La couverture dun cahier que nous avons apporté est illustrée dun planisphère. Il navait jamais vu une telle carte de la planète (que nous lui laissons). Cest surtout Suez qui paraît le faire rêver. Nous faisons ensemble lhistoire de Madagascar. Nous allons dans la grande maison où se trouvent quelques vieux qui commentent à leur tour la carte du monde. De retour chez lui, il reprendra la carte qui la visiblement impressionné. Il y en a un [là-haut dans la grande maison] qui ma demandé cette carte pour son fils qui va à lécole, mais qui la lui aurait expliquée ? Le vazaha sétant absenté quelques minutes, il demande de quelle région de France il venait. Rassuré, il se met à parler des corses et à dire tout le mal quil faut en penser. Ils sont méchants, ce sont les plus bas de tous les français. Il en veut beaucoup à Galiéni, et à Pétain, le premier des corses. Puis, philosophe : Il y a beaucoup de monde sur terre. Mais nous sommes tous les enfants de Zañahary. Discussion sur les fuseaux horaires. Le soleil ne bouge pas. Cela na pas lair de le choquer. Le jour et la nuit, etc. Une conversation sur lhistoire des Antemoro fait assez vite apparaître quil y a des choses dont il préfère ne pas parler. Lui sait, en tout cas, quil vient dAfrique et non de La Mecque. Il paraît souhaiter un système de roi à vie alors que la constitution dAmbila se révèle, à linverse, originale par sa règle égalitaire. Il raconte que les premiers vazaha qui sont venus à Madagascar sont dabord allés voir les Merina. Cest pour cela que ceux-ci parlent des langues étrangères et quils ont la peau plus claire. Nous lui racontons létablissement de Flacourt à Fort-Dauphin. Comment se fait-il, demande alors Iaban'i Justin, que, plus jeunes que lui, nous sachions des choses quil ne sait pas. Quand nous lui exposons que tout cela est consigné dans les livres, et plus précisément dans un livre que Flacourt a écrit en 1656, il dit regretter davoir passé son temps à courir les filles, plutôt que de sêtre consacré à létude. Il ira en parler avec deux autres vieux qui sont plus âgés que lui...
Iaban'i Justin se déclare partisan de ladaptation de la tradition. Il nest pas nécessaire denterrer les morts avec quatre couvertures, ni de sacrifier autant de zébus... Mais les autres ne le suivent pas. Il confirme cependant la désaffection de certaines coutumes et la perte des valeurs. Les jeunes ne se marient plus selon les usages. Autrefois les filles ne tombaient pas enceintes avant le mariage. Quand cela arrivait, on ceinturait lenfant de pierres et on le jetait au fleuve. Cétait dur, dit-il, mais efficace. Il prend lexemple de sa propre fille qui est tombée enceinte. Il est allé voir le type, armé de son couteau : Comment ! je nai que deux filles et tu marraches celle-là ! Le gars a demandé la fille en mariage - sans sacquitter dailleurs de ses devoirs envers son beau-père . Aujourdhui, les jeunes se conduisent comme des animaux. La nuit tout retourne à la bestialité, dit-il. Une vieille entre dans la case, Iaban'i Justin dit au vazaha [en français] : Regardez ses yeux ! elle est ivre ! (Une fête de fin de moisson vient de sachever dans une maison de lignée). Elle sadresse au vazaha, le salue et finalement linvite à aller porter les pieds de riz (le repiquage du vary hosy commence aussitôt la récolte de janvier) avec elle... Celui-ci lui fait répondre quelle paraît un peu vieille pour lancer ce genre de proposition. Elle rétorque (Iaban'i Justin demande à Phidélys de ne pas traduire) quelle est vieille en haut, mais encore jeune en bas... Elle sort après avoir salué.
Iaban'i Justin nous conduit pour une visite protocolaire auprès de quelques vieux. Il nest manifestement pas mécontent de montrer ses visiteurs. Ce premier tour de village est loccasion de constater quil adore les petits enfants. Il taquine tous ceux que nous rencontrons en faisant mine de les effrayer. Ils courent se blottir dans les bras de leur mère, et lui part dun grand éclat de rire. Ayant fait quelques visites, nous croisons un cortège funéraire en route vers le cimetière. Le cadavre dune vieille, enfermé entre deux pirogues, est porté par des jeunes selon la manière habituelle et accompagné par un groupe de gamins et de femmes. Iabani Justin hèle une femme qui sort du groupe quand le cortège passe devant la place du marché, rentrant visiblement chez elle : Eh ! ce nest pas par là le tombeau, tu as trop bu ! Elle lui répond du tac au tac : Occupe-toi plutôt de toi, Iabani Justin : ça va bientôt être ton tour ! Rire général... Quand il parle des défunts récents, et notamment quand nous lui montrons la photo du vieux décédé juste avant les fêtes de nouvel an, il rigole un bon coup : Il avait fini ses jours ! Descendant le versant Ouest de la colline, il nous indique un sentier : Je ne vous fais pas passer par ici : cest le chemin des morts qui vont au tombeau...
En réalité, la géopolitique traditionnelle est cosmologique et le monde dont Iabani Justin se veut le porte-parole est confronté à un monde profane dont les concepts, à linverse de ce quenseignent les cultures traditionnelles, font de lhomme le maître et le possesseur de la nature. Lorsquon survole Madagascar en avion, on constate que toutes les maisons sont orientées dans la même direction, ce qui démontre, en même temps que lunité de la civilisation malgache, la signification fondamentale de la course du soleil dans la culture (et la fidélité de la civilisation malgache à la religion universelle de cet adorateur de lumière quest homo sapiens sapiens ). La maison est un temple - un missionnaire remarquera : nous narrivons pas à les convaincre de fréquenter léglise, car ils nous disent quils ont déjà leur temple, cest leur maison - où lon accède par la porte de lOuest et dont la porte de lEst, qui sert de communication avec les ancêtres, où lon fait les sacrifices et où lon pratique la circoncision, nest jamais franchie. Cest cette opposition qui détermine les places respectives des hommes et des femmes, des aînés et des cadets, des morts humides et des morts secs dans le tombeau. Le côté du soleil levant est auspicieux, sacré, masculin. Les sacrifices et les rites de propitiation sont effectués avant que le soleil atteigne le zénith. Le couchant est inauspicieux, profane, féminin. Les rites funéraires se déroulent laprès-midi. Cest près de la porte de lEst, sur la gauche, que se tient le chef de famille. Linvité dhonneur prend place de lautre côté de cette porte. Les femmes et les enfants occupent la partie Ouest de la maison. La carrière de lhomme nest rien dautre, au fond, quun passage de lOuest à lEst qui fait de lui un ancêtre, statut qui définit non seulement lachèvement, mais aussi la consécration de la destinée humaine. Ce chemin inverse à la course du soleil équivaut à un retour à lorigine.
Mais la géopolitique, cest aussi le choc des cultures et la confrontation de leurs outils. Le Sud-ouest de lOcéan indien a été, vraisemblablement dès avant le début du millénaire, le théâtre de tels contacts qui expliquent la complexité quon peut observer aujourdhui. Cest ainsi la connaissance secrète des rites, probablement la possession de livres de prières ou dinvocations et doutils comme lécriture qui justifie la division inégalitaire du royaume Antemoro : les Mpanombily, détenteurs du privilège de légorgement dun côté (le sombily nétant autre que légorgement rituel musulman), et les Fanarivoa, pourvoyeurs de richesses, anciens tompon-tany, maîtres de la terre progressivement dépossédés, de lautre. Cette division redouble celle qui caractérise déjà les hommes embarqués sur le boutre des immigrants : silamo (musulmans : vraisemblablement des originaires de larchipel malais ayant émigré dans le golfe persique) et kafiry (cafres), selon lhistoire que rapportent les Sorabe. La supériorité morale et intellectuelle des musulmans est notamment signifiée par un épisode où ceux-ci mettent en uvre un stratagème algorithmique (quon retrouve dans divers folklores) qui, malgré leur infériorité numérique (du simple au double), leur permet de se sauver dune tempête en délestant le bateau, sous couvert du hasard, des cafres qui sy trouvent. Les silamo décident quon sen remette au sort pour savoir qui sera jeté par-dessus bord, étant convenu que lon comptera tous les hommes présents, chaque neuvième étant sacrifié : il suffit évidemment de répartir musulmans et cafres selon le décompte approprié pour jeter les cafres à la mer... La précondition, en lespèce (qui na rien dalgorithmique, celle-là), de cette ordalie truquée étant la crédulité supposée des cafres qui, pourtant, découvrent la supercherie alors quil ne reste que quelques-uns dentre eux (voire un seul) sur le bateau. Les Sorabe font mention dautres prodiges que les immigrants ont su réaliser, simposant là aussi à des autochtones volontiers présentés comme vivant dans lanarchie. Lun deux débarrasse un village dun monstre qui en avait décimé les habitants et se voit offrir le pouvoir et la princesse... Le chef de la seconde expédition, accostant à son tour à lembouchure de la Matatàña, demande aux habitants quelles sont les essences interdites pour la construction des maisons... et en édifie sa demeure, démontrant ainsi sa supériorité sur les croyances autochtones. Les immigrants ne simposent pas aux maîtres de la terre par la force, ils les subjuguent par leur assurance, comme lexplique un père lazariste contemporain de Flacourt : ... les trouvant simples de leur nature, sans loi et sans religion, ils les tirèrent facilement aux superstitions du Mahométisme, dont les uns et les autres en observent encore quelques-unes, comme de ne point manger de porc, de sacrifier les bufs avant que den manger. Flacourt confirmant : Ils craignent les Blancs des Matatanes [les descendants des immigrants islamisés], dautant quils appréhendent dêtre charmés et ensorcelés par eux, à cause de lécriture quils savent, ayant croyance que par les caractères et écritures, lesdits Matatanois peuvent les faire languir de maladies et mourir, ainsi quils leur font accroire. (ch. IV, p. 120)
Flacourt lui-même eut à affronter ces sortilèges. Ils faisaient des conjurations et Aulis [charmes] pour faire venir la pluie, le tonnerre et la foudre afin dempêcher les armes des Français de prendre feu. (II, ch. XXXIII) Parmi ces sorts, il y avait dans un panier dix-sept morceaux de bois faits pour représenter les fouloirs de nos canons, couverts décritures et caractère arabesques, plusieurs ufs pondus le vendredi, couverts de caractères, lesquels étaient afin de nous rendre immobiles, empêcher nos canons de tirer et nous causer notre dernière ruine, suivant la sotte et inepte croyance de leurs Ombiasses, à quoi les Nègres ajoutaient foi, comme nous à lÉvangile. (II, ch. XXXVIII) Mais Flacourt, fort de ses propres croyances, nest nullement impressionné : Ce même jour arriva Dian Radam, Ombiasy [devin], avec le buf gras ensorcelé, que je fis tuer aussitôt, me moquant de leurs charmes et sortilèges, je nai point mangé dun meilleur buf. (II, ch. XXXIII). Jamais tous les sorts, charmes et mousaves [swahili : mcawi : maléfices] quils nous ont envoyés ne nous ont pu causer le moindre frisson, ni la moindre incommodité ; au contraire, pendant la guerre, nous ne nous sommes jamais si bien portés (II, ch. LV).
Comme on la vu avec les compagnons de Iabani Justin et le jonc qui les rendaient invisibles tandis que laimant des français permettait à ceux-ci de les découvrir cependant, la guerre est un conflit doutils. Conceptuels et matériels. Le missionnaire simpose souvent en défiant le sorcier, religion contre religion, mais il y a manifestement un changement de nature quand la cosmologie devient profane, quand la nécessité, descendue des étoiles sur le plan incliné de Galilée - qui voit le monde écrit en caractères mathématiques - libère le cosmos de ses dieux et lhomme de la nature. Cette aventure, qui supporte lexpansion des nations européennes au péril de leur âme, accomplissant pourtant la moitié du destin de lhomme, engage évidemment le propos de lethnologie.
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Le buf de Mideboka
En janvier 1999, lorsque nous arrivons à Ambila pour notre troisième séjour, il est question dune affaire qui oppose les gens de Mideboka, un village cadet dAmbila, à Iabani Justin. La justice traditionnelle a exclu un homme de Mideboka de la communauté et celui-ci a porté plainte à la gendarmerie. La justice de lÉtat ayant été saisie de laffaire, Iabani Justin a été condamné, sur la demande du procureur, avec les trois notables responsables de cette décision, à payer une amende de un million de francs malgaches. Il y a là un cas décole, non seulement du conflit, banal, de la tradition et de la modernité, mais aussi de cette interprétation du droit à laquelle lautorité judiciaire - qui ne fait quun, en lespèce, avec lautorité administrative - se livre sans contrôle.
Deux femmes de Mideboka ont une dispute particulièrement violente et, au cours de léchange dinjures qui sensuit, lune delles (lépouse de lhomme qui sera condamné par la justice traditionnelle) traite lautre de chienne. Il faut savoir le caractère dimpureté absolue attaché au chien dans la culture antemoro (trait quelle tient de lislam) pour apprécier la violence de linjure. Il existe à Vohipeno, un clan de parias, vivant dans des villages matériellement isolés. On stigmatise par l'appellation d'Antevolo une déchéance morale conséquente à des actes d'une particulière impureté tels des rapports sexuels incestueux ou la bestialité. Mais cette catégorisation de tout un groupe social est aussi la traduction, symbolique et radicale, dun phénomène historique dexclusion dun clan autochtone. Beaujard et Tsaboto (1997 : 383-399) ont montré que le terme regroupait l'ensemble des clans Antemañaza et de leurs alliés dont l'exclusion sociale, toujours visible, procédait d'une spoliation politique et économique datant du XVIe siècle. La réussite du royaume antemoro ayant été, en l'espèce, d'intégrer cette exclusion des "aînés de la terre" (zokin-tany) dans le système de protection féodale quil offrait aux autochtones. Lexplication couramment reçue est quun ancêtre des Antevolo aurait copulé avec une chienne. Bien que la comparaison ne soit pas tout à fait appropriée, on pourrait dire en effet, comme nous lavons entendu : Qui veut noyer son chien, laccuse davoir la rage
" La suprématie politique s'affiche comme une supériorité intellectuelle et morale. "Si tu oses avoir un rapport avec une chienne, dit l'Anteoñy à l'Antemañaza, je te donne cent bufs". L'Antemañaza ayant relevé le défi, l'Anteoñy rédige, en guise de titre de propriété, une lettre en sorabe, lettre qu'il envoie au roi et dont le contenu, hermétique à l'Antemañaza, justifie en réalité, par la relation de cet acte infâme, la spoliation et la déchéance de son clan (id. : 388). L'Antevolo révèle, dans ce condensé constitutionnel, son ignorance et sa stupidité en même temps que son infâmie
Cette dévalorisation reste si vivace que, sachant que nous nous intéressions à la culture Antemoro, il nous fut conseillé de ne pas nous rendre dans ce clan, car il nous serait alors impossible dêtre accueilli dans les autres groupes. Le cadavre dun chien, écrasé à lentrée dun village sur la route qui relie Manakara à Ikondro, lors dun précédent séjour, sy trouvait toujours, dix jours plus tard, aplati comme une crêpe : les villageois faisaient un détour pour éviter la puanteur et limpureté de la charogne, mais aucun naurait pris linitiative de lenterrer. Cette injure est donc davantage quune injure, cest une ignominie. La femme coupable de linjure fut condamnée à payer un buf pour laver cet affront : à purifier lautre par un zébu. Son mari sexécute.
Les deux femmes sont Antemaka. Lune a épousé un Antemaka, lautre, Droly, qui est le fils dun frère de Iabani Justin. Lorsque nous avons visité le village de Mideboka (laffaire avait été jugée et Iabani Justin navait pas souhaité nous accompagner), le chef du village nous avait amenés près du fatrange (poteau de fondation) et nous avait alors indiqué quil était interdit de consommer du porc à cet endroit. Il avait répondu par laffirmative à la question de savoir sil fallait interpréter le nom Antemaka comme : ceux venus de La Mecque. Précisant cette filiation avec Vohipeno par le fait quau moment de la circoncision, on allait chercher un peu de terre dans un certain quartier de Vohipeno pour mener à bien la cérémonie. Au moment de sacrifier le buf dexpiation, un vieux appartenant au clan de la femme injuriée savise quil serait opportun de mettre à profit ce sacrifice pour accomplir une ordalie, de lordre de celle quon pratique parfois au tombeau après y avoir déposé un défunt , consistant à jurer sur le foie de lanimal avant de le consommer, en prononçant limprécation : Si quelquun dentre nous se livre à la sorcellerie, quil meure ! Mais le parti de Droly annonce quil refusera de consommer cette viande, arguant que lanimal, destiné à laver limpureté, est impur. Le sacrifice na donc pas lieu et laffaire reste pendante. Le père de Droly demande à ce quelle soit portée devant le conseil dAmbila. Pour traiter cette affaire de chien, les vieux se réunissent, non pas dans la trañobe, mais à lextérieur du village dans le quartier de Mahatsara, près du terrain quils ont concédé pour la construction de la nouvelle église. Iabani Justin donne raison à Droly. De surcroît, précise-t-il, le buf doit être sacrifié non pas au village à cause de limpureté quil porte, mais dans les champs. Les plaignants nacceptant pas de sacrifier le zébu si la famille de Droly ne participe pas à sa consommation, Iabani Justin enjoint : Si vous ne sacrifiez pas ce buf, vous serez exclu de la communauté !
La famille de la femme injuriée porte alors plainte contre Iabani Justin à la gendarmerie de Manakara. Le commandant de gendarmerie, un Betsileo, ne comprenant pas grand-chose à cette histoire de chien, conclut contre Iabani Justin et, laffaire étant portée en justice, le procureur, lui aussi Betsileo, alléguant que, chez les Betsileo, personne na le droit dexclure quelquun de la communauté, quelle que soit la faute, requiert une amende de un million de francs contre les vieux dAmbila et fait emprisonner Droly. Iabani Justin refuse de revenir sur la décision des anciens et la sanction est confirmée en appel. LAntemaka de Mideboka triomphe alors : il vient chanter victoire sur la place dAmbila et veut réunir les habitants pour leur annoncer quil a défait le vieux. Personne ne sétant joint à ce triomphe romain, il crie sur la route quil a acheté le procureur deux millions de francs et quil naura de cesse que lorsque Iabani Justin sera anéanti. Mis au courant de ces faits, le procureur fait de nouveau enfermer Droly, mettant toute cette agitation sur son compte.
En janvier 2000, lors de notre dernier séjour, les vieux sétant acquittés de lamende, lhomme de Mideboka se trouvait pourtant, de fait, aux dires de Iabani Justin, exclu du groupe : Personne ne va chercher ni feu ni eau chez lui...
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La force de la lignée : la réappropriation dune rizière
Iabani Justin nous avait annoncé quil allait se passer quelque chose, que des travaux collectifs allaient bientôt être entrepris dans une rizière. Nous nous rendons en effet, en sa compagnie, le vendredi 29 mai, en direction de Vohipanany, vers le site dune rizière ensablée que les hommes du lignage vont semployer à réhabiliter. Le lieu sappelle Vina ny Dabe (lembouchure de Dabe). Cest le moment de la récolte et, traversant la rizière sur le chemin de Vina ny Dabe, nous observons des scènes de cueillette et de battage au milieu des parcelles. Nous croisons des jeunes hommes portant à lépaule, à laide la balance à peser lor, les bottes dépis cueillis à la main par les femmes avec une sorte de couteau, et réunies en ballots. Les deux ballots, fixés à chaque extrémité dun bambou qui ploie sous la charge au pas du porteur - qui prend le plus souvent le trot pour abréger le temps du transport - évoquent en effet le trébuchet du peseur dor. Cest dire aussi que le riz est, à tous égards, lor du paysan. Dautres préparent déjà leur rizière pour la culture du vary hosy, dont certains plants sont déjà repiqués...
Nous recueillerons différentes versions de la réappropriation de cette rizière par le lignage, versions qui ont lintérêt de mettre en évidence la nature du droit traditionnel et de sa légitimation et, par opposition, les formes juridiques modernes de lappropriation qui, du fait de la présence dans la vallée de ce quon nomme à Madagascar des opérateurs économiques, sont loccasion des conflits de plus en plus fréquents avec les villageois. Iabani Justin explique que cette parcelle a été laissée en friche depuis quatre générations. Des inondations successives, le cyclone Dany, ainsi que le dépôt de désensablage des parcelles environnantes ont, au fil du temps, entièrement comblé la rizière de limon et de sable. La superficie est denviron cinq cents mètres carrés (50 mètres sur 10) et la hauteur du dépôt varie de un mètre cinquante à deux mètres. Personne, nous dit Iabani Justin, navait eu jusqualors assez dautorité pour réunir suffisamment dhommes à ce travail gigantesque. Tous les Antelohony Mainty de la Mananano vont se relayer en différentes équipes pour venir à bout de cette tâche. Lorsque nous arrivons, une soixantaine dhommes sont au travail. Avec des bêches, il retirent le sable et le jettent devant eux. Ils avancent ainsi en rang vers la rive opposée. Il sagit évidemment datteindre le niveau des rizières environnantes qui sont en communication contrôlée avec la Mananano. Sur la plate-forme constituée par le limon et le sable extrait de la rizière, Iabani Justin annonce quil fera cultiver des patates douces. Plusieurs garageha sont aussi réunis pour loccasion. Ce sont des figures familières que nous rencontrons souvent dans la grande maison à loccasion des fafy (rituels de purification qui font suite à des relations interdites et qui ont pour objet, soit deffacer, soit de réaffirmer les liens de parenté). Deux dentre eux entonneront des chants traditionnels caractérisés par des vocalises se développant dans un registre haut placé. On a fait venir de lalcool de canne (toka gasy) pour encourager les travailleurs, Beminono, Ampanompo et Andriamaventy qui sencouragent mutuellement. Bien que tout cela se fasse avec une détermination visiblement contagieuse, certains vieux expriment des doutes quant à lissue de lentreprise : il faudrait un bulldozer. Justement lun des deux députés de Manakara en possède (il sera question du second plus loin). Mais il est en panne et, de surcroît, son propriétaire est mécontent des villageois dAmbila qui n'ont pas voté pour lui aux dernières élections... Quoi quil en soit, les hommes du lignage expriment leur fierté de se retrouver ensemble, à linstar du jour où lon piétine la rizière collective et où la plupart des bufs du lignage seront rassemblés à cette fin. Nous avons eu loccasion dobserver, lors dun précédent séjour, la séance de battage du riz attribué au responsable en titre de la lignée, organisée à proximité de la place centrale, près de la maison du bénéficiaire. Travail dhommes - les femmes assemblées regardent à la fois avec intérêt et quelque désinvolture - où le sentiment de lunité collective est visiblement magnifié. De retour à Ambila nous trouverons dailleurs quelques hommes de la lignée exceptionnellement occupés à préparer le repas pour les travailleurs. Selon Iendrini Bary, ce ne serait pas Iabani Justin qui serait à lorigine de la réappropriation de cette rizière dont tout le monde avait oublié lexistence, mais un vieux qui se serait souvenu un beau matin que le lignage possédait autrefois une rizière à Vina ny Dabe. Information qui aurait décidé Iabani Justin à mobiliser les gens pour réexploiter cette parcelle. Enfin, le secrétaire de mairie propose, lui, une autre version : cette parcelle, propriété en effet de la lignée de Iabani Justin, aurait été confiée en usufruit, il y a très longtemps, à un homme de Mideboka. Lhomme, puis sa veuve étant décédés, les héritiers ayant décidé de mettre cette parcelle en vente, le vieux dAmbila, auquel Iendrini Bary fait allusion, se serait souvenu de la nature du droit en cause. On voit quun titre de propriété dans le système traditionnel peut tenir dans la qualité de la mémoire dun vieillard, dont la parole fait fonction dacte de notoriété.
Or lautorité traditionnelle est bien souvent impuissante à protéger le terroir qui permet à la population dassurer sa subsistance. Il suffit de quelques signatures pour faire valider devant un notaire un acte légalement enregistré - alors que la tradition na aucun titre écrit à opposer à la spoliation. Ou bien lÉtat déclare domaniales des terres traditionnelles dont quiconque peut se porter acquéreur, ou bien un député peut acheter pour une somme dérisoire plusieurs kilomètres de côte sur le littoral (dont le sable stérile sera bientôt transformé en or) auprès de quelques vieux dune trañobe. Le boycott auquel a été soumis pendant neuf mois une commerçante chinoise de Marofarahy ayant fait lacquisition de 42 hectares de terre, après avoir été convoquée plusieurs fois à Ambila dans la trañobe qui considérait ce terrain comme sa propriété traditionnelle (la transaction sétant faite soit avec lÉtat, soit avec un particulier sétant déclaré propriétaire), montre que la collectivité nest pas sans prendre conscience du danger, ni sans moyens - bien quayant été finalement dépossédée en lespèce. Il arrive dailleurs que la modernité, sous les auspices de la protection de lenvironnement, rencontre le droit collectif et soppose à la logique du libéralisme économique. Une partie de la forêt primaire de Tsiazombazaha (là où le vazaha ne peut retrouver son chemin) est ainsi exploitée par un fonctionnaire de Manakara qui a persuadé quelques vieux de lui reconnaître un droit de propriété usus et abusus - alors que lEtat malgache tente dy développer une stratégie de protection du système écologique. Quand nous étions à Ambila, une réunion où cette question a été débattue sest tenue à la mairie avec les anciens et les fonctionnaires des Eaux et Forêts.
Tout cela met en évidence un divorce plus profond. Il ne suffit pas de fustiger le pouvoir de corruption de ceux qui ont les moyens dopposer des signes monétaires aux usages de la tradition. Il ressort de ce qui a été rapporté précédemment un mode dappropriation du sol qui récuse lappropriation individuelle. La propriété est collective, celui qui exploite la terre nen possède que lusufruit. Or, il est de plus en plus fréquent de voir des cultivateurs vendre ou tenter de vendre des parcelles - les os de la lignée - dont ils ont lusufruit. Ceux-là qui se démarquent de la tradition trouvent dans linitiative individuelle les moyens de neutraliser la rétorsion de la tradition, la sanction suprême étant lexclusion du tombeau que même un moderne noserait encourir - ce qui peut se faire en offrant quelques têtes de zébu...
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Dika vohitra (lenjambement).
Le 29 mai 1999 au matin, nous nous rendons à Beanana avec Iabani Justin. Il nous avait annoncé mercredi que nous irions avec les hommes du clan pour la réfection du tombeau qui se trouve à Marolengo, à proximité de Vohipanany. Cest là que vont se regrouper les hommes pour le dika vohitra. Lors de notre première visite à Vohipanany et à Beanano, nous étions passé près du chemin daccès au tombeau qui occupe une colline boisée proche de ces deux villages et qui est spécifiquement dévouée à cet objet. Nous nous étions arrêtés sur la route, alors en réfection, qui mène jusquà la mer, à Loharano. Il avait été fait allusion à laffaire des vazaha qui avaient été surpris à cet endroit, ayant emprunté par erreur le chemin du tombeau en se rendant à Loharano (chose alors impossible puisque le pont principal était hors dusage). Iabani Justin nous a demandé de prendre la caméra. Sachant le caractère un peu exceptionnel, à la différence de ce que lon peut observer dans dautres régions de Madagascar, de la présence détrangers et spécialement dun vazaha au tombeau, nous insistons sur notre souci de ne rien faire qui dérange. Suivez-moi ! répond Iabani Justin. Le matin, il est allé dans la trañobe pour un rituel dit tsitsika dont lobjet est de préserver la sacralité du tombeau notamment à lendroit des jeunes qui vont y pénétrer et qui auront charge dexécuter lessentiel du travail qui devra y être réalisé. On attend les hommes avec les madriers en bois de lalona (Weinmania Bojeriana Tul.) qui seront utilisés pour la réfection des supports pour les cadavres et la réalisation de nouvelles cloisons. Lattente se prolonge et lon commence à craindre la chaleur qui monte. On a oublié la clé à Ambila, ce qui dégage le temps nécessaire au regroupement de tous les hommes, portant les madriers à lépaule. Le départ est donné et, après la descente de la colline sur laquelle est édifié le village, cest la montée dans la forêt par un chemin de broussailles, tapissé de sable, jusquau tombeau. Le trajet ne dure pas plus de quinze minutes. On découvre alors, dans une clairière qui a été fraîchement nettoyée, une construction en béton denviron cinq mètres sur six, surmontée dun paratonnerre fourchu, qui rappelle sans doute les cornes du zébu, et sur laquelle on peut lire linscription : ZAFIMAHAVITA (les petits-fils lont fait). Le toit est aussi constitué dune terrasse en béton (quon ne peut, bien entendu, pas apercevoir du sol). La porte principale, faite dune épaisse tôle de zinc recouverte dune peinture marron, se trouve côté Nord. Il y a une porte latérale à lOuest et une porte-fenêtre au Sud. La fosse où sont déposés les corps est creusée au centre de la construction. Nous ny pénétrerons pas. Profonde denviron deux mètres cinquante, on y accède par une échelle en bois. Les corps sont rangés de part et dautre dune allée centrale qui divise la fosse entre une partie Ouest et une partie Est. La fosse est normalement fermée par un plancher de bois, de même niveau que le sol de la construction, qui a été retiré pour la circonstance. Outre sa fonction religieuse, cet édifice a une fonction de prestige pour les hommes du clan qui se sont révélés capables de réaliser (ou de faire réaliser) une telle construction. Elle démontre leur unité et leur prospérité, elle démontre aussi la fidélité des descendants envers leurs ancêtres : zafimahavita.
Tous les cinq ou six ans, les membres masculins du clan rénovent donc le tombeau commun : cest le dika vohitra. On choisit pour cela le premier jour de la nouvelle lune du mois alakarabo, jour favorable aux entreprises denvergure. Cette rénovation est à entendre au sens large car elle désigne, au-delà des travaux dentretien et de réfection de la construction, lopération fondamentale qui consiste à faire passer les cadavres de lOuest à lEst. Lintérieur du tombeau est divisé, nous lavons dit, en deux parties : lOuest, où sont entreposés les morts récents (humides : faty lena), et lEst où sont entreposés les morts secs (razana maina). Ce transfert correspond au passage à lancestralité. Lenjambement, en loccurrence, consiste non pas à passer dun tombeau à un autre (ce que lexpression peut désigner ailleurs) mais, à lintérieur du tombeau, dune partie à une autre, de lOuest à lEst. Le terme denjambement ici utilisé doit probablement être compris aussi de manière symbolique, exprimant le caractère de passage qui est en jeu. Les morts enjambent le couloir qui sépare lOuest et lEst - comme ils ont changé de colline en accédant au tombeau familial. Avant que les jeunes hommes emportent le défunt dans le tombeau, enfermé entre deux pirogues, les jeunes filles chantent quand le cercueil est fixé sur la civière qui permettra son transport : Cest un homme qui rentre chez lui ! Vohitra, signifie colline mais aussi village, et lexpression dika vohitra rappelle, au-delà de lidentité du village et du tombeau, le fait que le passage à lancestralité constitue laccomplissement du destin de chacun. De part et dautre du couloir de séparation, les cadavres sont entreposés selon lordre de séniorité et selon le sexe, les plus âgés se trouvant au sud et les cadets au nord. Les compartiments sont constitués par des cloisons de bois faites de madriers assemblés par deux traverses perpendiculaires aux madriers. Les caveaux mentionnés concernent : les vieilles femmes (tapi-drongo viavy), les vieux messieurs (les tati-drongo lehilahy), les rois (mpanjaka et andriamaventy confondus), les serviteurs (ampanompo), les grands garçons (beminono), les jeunes filles (saramba) et enfin les femmes qui ont été mariées à des adjoints du roi dun autre lignage (tovoho viavy). Ce transfert est donc loccasion du remplacement des madriers qui forment les socles sur lesquels reposent les cadavres et, éventuellement, des cloisons qui séparent les différents groupes dâge ainsi que des réfections occasionnelles de la construction.
Avant de commencer les travaux, les garageha (les hommes les plus âgés) pénètrent par la porte de lOuest à la suite de Iabani Justin. On entend le vieil homme déclamer dune voix forte une prière à Zañahary, dont nous ne distinguons pas précisément les paroles en raison de lécho du sépulcre, puis sadresser aux ancêtres pour leur demander leur bénédiction et leur expliquer la raison de ce remue-ménage. Linvocation terminée, les travaux peuvent commencer. Ceux-ci sont répartis selon les classes dâge. On observe une distribution analogue à ce que lon a pu voir pour la réhabilitation de la rizière. A laide de léchelle qui est retirée de la fosse et appuyée sur le mur Ouest de lédifice, six garageha, les plus âgés, vont monter sur le toit, Iabani Justin premier de cordée, afin dexaminer létat de la terrasse en béton. Ils redescendent dans le même ordre, linspection accomplie, et nayant pas trouvé de fissures ou de déformations qui compromettraient létanchéité. Dans le tombeau, entrées et sorties vont maintenant se succéder, alors que les vieux se sont installés en ligne sur un remblai de la clairière, au Nord-est de la construction. Des équipes se relaient visiblement, bien que ces mouvements paraissent individuels et non ordonnés. A lextérieur, seuls trois ou quatre andriamaventy, sous le contrôle dun ou deux garageha maitso volo, se chargeront de la fabrication des socles et des cloisons, utilisant les madriers qui viennent dêtre apportés. Quelquun vient crier quil ne faut pas leur donner de rhum maintenant, car le travail ne sera pas achevé : Pour que le travail avance, il faut arrêter de donner du rhum à ceux qui sont dessus. Ils auront leur part après. Il a été décidé de remplacer par des socles de bois les plaques de béton sur lesquelles les corps sont déposés, lassemblage des madriers, ménageant des espaces comme le feraient les lattes dun sommier, assurera plus efficacement lécoulement des sanies et des liquides de putréfaction, facilitant ainsi le processus de dessiccation. À lintérieur du tombeau, en revanche, les hommes impliqués sont beaucoup plus nombreux. Tout autour de la fosse, plusieurs observent ce qui se passe dans la fosse même où sactivent les beminono et les ampanompo qui sont chargés de la sélection et du transfert des corps secs de lOuest à lEst, dirigés par quelques garageha maitso volo et andriamaventy. Tous les cadavres ne sont, bien entendu, pas parvenus au même état de dessiccation et il faut faire un choix qui laisse sur place les morts les plus récents - on prend soin dailleurs de ménager un peu plus despace au nouveau venu afin quil ne souille pas ses voisins plus avancés en ancestralité. Après avoir prélevé un cadavre, on le dépose sur une natte préparée à cet effet. Rythmant leur travail par des cris comme lon fait pour marquer une action qui demande des efforts coordonnés, les jeunes hommes le mettent alors, après avoir enjambé le couloir de séparation et apparemment sans ménagements, dans le compartiment correspondant du côté Est. Chaque déménagement est salué de clameurs. Le rhum a été généreusement distribué car lodeur est insoutenable. Lintensité vocale et lagitation augmentent au fur et à mesure des opérations. Georges, un fils de Iabani Justin rentrant à la maison de son père dans le courant de laprès-midi un savon à la main, nous dira avoir dû passer au fleuve tellement il avait limpression de sentir le pourri. Le rhum a été apporté dans un jerrycan en plastique et, pour faire la distribution, on va récupérer, dans le dépotoir situé à la limite des broussailles au nord du tombeau, où sont jetés les ustensiles ayant appartenu aux défunts avant quils nentrent au tombeau (ou peut y voir un casque de moto), des gobelets en plastique ou en émail - que lon y jettera de nouveau après usage. Les beminono et les ampanompo ont aussi pour tâche de nettoyer, au Sud du tombeau, le monticule, doù on aperçoit la Mananano, où sont jetés les bambous et les lianes qui ont servi de civière aux cercueils ainsi que les pirogues entre lesquelles on enferme les morts.
Sur le chemin du retour, Iabani Justin nous indique, à lécart du tombeau à mi-pente, lendroit où sont enterrés les lépreux, terme qui par extension peut désigner aussi ceux qui ont épousé des étrangers, spécialement des chinois, qui ne sont pas circoncis et qui sont supposés manger du chien. Cest peut-être aussi pour lui une manière de justifier la réserve dans laquelle nous nous sommes cantonnés, naccédant quaux endroits où il nous a été expressément demandé de nous rendre. A Ambila, nous trouvons quelques hommes de la trañobe des Antelohony Mainty en train de préparer le repas des travailleurs, cette disposition exceptionnelle nous rappelant que les épouses restent étrangères au tombeau de leur mari.
De retour dans la maison de Iabani Justin, celui-ci nous relate lhistoire du tombeau. Cétait en 1941, le frère de son père proposa denvoyer des hommes dans lOuest de Madagascar, en pays sakalave, où ils iront fonder un village avec un fatrange (poteau de fondation auprès duquel on fait les sacrifices aux ancêtres et où lon plante les protections) et qui, lorsque leur cheptel aura prospéré, reviendront avec leurs bufs à Ambila. Le lignage pourra alors investir dans la construction dun tombeau en dur. Si les fourmis [termites], expose-t-il, de si petits insectes, arrivent à construire une maison aussi dure et aussi haute, comme il en a vu en pays sakalave, beaucoup plus haute quelles-mêmes, pourquoi les hommes ny parviendraient-ils pas ? Quand elles doivent édifier leur fourmilière, elles se réunissent et quand elles se réunissent, elles peuvent réussir ce quelles entreprennent, même quand elles sont loin de leur fourmilière... Cet exemple montrait à la famille que ses membres devaient se décider à construire un tombeau en dur. Loncle ne fut pas suivi en raison du coût de cette construction dont on pensait quelle aurait obligé à vendre lessentiel du cheptel. Jusquen 1947, le projet reste donc lettre morte. En 1949, loncle décède et lun de ses frères sest alors souvenu de ce vu du défunt. Il décida de le réaliser. Auparavant, on ne pouvait accéder à la colline de Marolengo quen pirogue, par la Mananano. Les hommes du clan décidèrent donc d'aménager une route et pour cela réunirent tous les Antelohony de Vahava jusquà Ambinany. Quelquun a donné un buf pour faire venir les gens, dautres membres du lignage ont fait de même pour nourrir les travailleurs. La construction de la route avait commencé depuis une semaine quand Iabani Justin est revenu de Diego (vide supra). On cherchait alors des maçons pour construire le tombeau. Iabani Justin sest porté candidat et quand on lui a demandé ses papiers pour savoir sil était vraiment maçon, il a présenté son certificat signé par un vazaha de Diego. On se mit donc à tailler des moellons, tandis que dautres transportaient du sable pour le chemin qui permet aujourdhui laccès au tombeau. Commencent alors les problèmes avec les Antelohony Fotsy (qui ont aujourdhui un tombeau séparé, voisin de celui des Antelehony Mainty). Un vieux du clan a demandé à Iabani Justin darrêter la maçonnerie expliquant quils allaient faire appel à un vazaha de Manakara, un certain Lauret (patronyme commun à la Réunion). Lorsque Lauret est arrivé, il a dirigé les travaux ; il a confié au fokonola le soin de creuser les fosses, on a mesuré la dimension de la fosse, le couloir, etc. Et ce nest que neuf mois après la prise en main des travaux par ce Lauret que le tombeau sera achevé, soit le 18 septembre 1958, comme il est mentionné sur la face Ouest de lédifice. Le fait que le tombeau ait été édifié par un vazaha, alors que la présence des vazaha nest pas souhaitée à proximité des tombeaux ne posait pas problème, car le tombeau était vide. On a consulté un ombiasy (devin) pour connaître la date favorable au transfert des ossements du vieux tombeau dans le neuf. M. Lauret a remis la clé, une fois le tombeau fini, ils ont donc fait le transfert. Cétait le premier dika vohitra. On a procédé comme on procède lorsquon amène un mort : on entre dans le tombeau par la porte de lOuest, on dépose le corps comme indiqué et on ressort par la porte Nord. On appelle maintenant ainsi le transfert des corps vers la partie des corps secs. Si un corps sec arrive dune province, on le met évidemment avec les corps secs. Iabani Justin nous précise que cest lui qui a fait installer une échelle dans la fosse pour éviter que les hommes, étourdis par l'alcool, ne tombent au fond. Il énumère les différents compartiments tels que cités plus haut. Il arrive parfois que les places de lOuest soient vides parce que tout le monde est passé à lEst. On demande alors par plaisanterie : Où préfères-tu dormir : là où cest bien propre, là-bas dans le tombeau, ou là où cest sale, ici dans ta maison ? Ou encore : Ah ! cest bien propre là-bas en ce moment ! quelle femme vas-tu emmener pour dormir avec toi ?...
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Le kabary des 46 jours
De retour à Ambila le 11 juillet, nous apprenons que Iabani Justin a été condamné à payer un buf pour avoir amené des étrangers sur le site des tombeaux et quil refuse de payer cette amende, bien que le buf soit déjà là, ramené par Georges (un de ses fils) des contreforts du pays Tañala où vit son beau-frère.
Le 6 juin, un dimanche (jour de la messe des garageha, des anciens), Iabani Justin est donc inculpé pour avoir enfreint la tradition. La première version de laffaire nous est donnée par Iendrini Landy, lépouse de Iabani Justin, qui se trouvait à proximité de la grande maison et qui a suivi de lextérieur ce qui sy passait. Le rapprochement des différents témoignages recueillis permet la reconstitution suivante . Soit de sa propre initiative, soit parce quil y a été convié, Iabani Piaro, lancien du clan des Antepody, clan symétrique au clan de Iaban'i Justin, se rend dans la grande maison des Antelohony de Vohipanany où il lui est demandé si Iabani Justin la consulté pour amener un vazaha au tombeau. Iabani Justin, qui se présente volontiers comme le chef de la Mananano, mais qui ne représente que sa lignée nen a, bien entendu, rien fait, alors que la constitution ly aurait obligé et que le sujet se trouve être alors particulièrement sensible. En 1998 en effet - nous avons précédemment fait mention des vazaha surpris sur le chemin du tombeau, croyant emprunter la route de Loharano - alors que la radio nationale faisait état de vols dossements dans les tombes, des villageois ont retrouvé dans les broussailles, près de lécole, un sac contenant un crâne et des ossements humains. Lauteur de ce vol, identifié et qui décédera en prison, avouera avoir pillé la fosse où était inhumée sa propre fille, déclarant travailler pour un député local dont la soudaine fortune est parfois attribuée à des pratiques de sorcellerie . Les touristes surpris sur le chemin du tombeau ont rétrospectivement été suspectés de venir reconnaître le terrain pour un prochain vol dossements. La presse et la télévision malgache font dailleurs régulièrement état de tels trafics organisés par des vazaha. La télévision nationale a ainsi rapporté, en 1998, que des touristes se seraient livrés à des profanations dans une réserve de lEst. Le commentateur enchaînant alors sur le fait quil ne fallait pas prendre la proverbiale gentillesse des malgaches pour de la faiblesse et que ceux-ci sauraient adopter les mesures qui simposent pour protéger leurs tombeaux - ce quils ont de plus sacré - de ces profanations. Lorsquon cherche à recouper les informations sur ce thème, on constate quon na jamais pu remonter aux planificateurs supposés de ce trafic. Les pratiques de sorcellerie existent aussi à Madagascar et la réalité de ces profanations - dont le mobile peut être aussi la recherche de bijoux - nest pas contestable . Mais ce qui semble caractéristique en lespèce, cest quon nait pas encore réussi - et peut-être pas véritablement cherché - à remonter jusquaux vazaha organisateurs du trafic. Comme si la nature dune enquête était impropre à répondre à la nature du dommage et de linquiétude causée, et quil y avait là le symptôme dune dépossession, bien réelle celle-là et dont les étrangers sont les acteurs : car les vazaha ne volent sans doute pas les ossements des malgaches, mais plus certainement la terre et les richesses naturelles des malgaches. Ce thème du vol dossements recoupe celui, plus ancien, du vazaha voleur de cur ou voleur de foie dont on entretient parfois les enfants. Et quoi, en effet, de plus intimement associé à lidentité de lâme malgache que la présence matérielle de ses ancêtres dont il manipule religieusement les restes - matérialité que les occidentaux répugnent à simplement envisager . Voler le cur, voler les ossements des ancêtres, cela représente symboliquement cette dépossession de soi et cette disqualification dont lautorité de la tradition malgache, sa capacité à organiser le réel et à être maître chez soi, est victime.
Iabani Justin se trouve donc sous le coup dune double accusation : avoir amené des étrangers au tombeau et sêtre rendu complice de vol ou de recel dossements ; avoir outrepassé ses droits de copropriétaire du tombeau en décidant seul dy amener des étrangers et sêtre posé ainsi en père de tous, alors quil nest quun égal parmi les anciens. Laccusation est en réalité menée, non par Iabani Piaro, qui habite la colline dAmbila et dont le fils se trouvait au tombeau, mais par un ancien de Vohipanany, membre du clan de Iabani Justin et qui, bien que Vohipanany soit en position de village cadet par rapport à Ambila, entend contester son leadership à Iabani Justin. Ceux de Vohipanany ont des revenus économiques supérieurs à ceux dAmbila en raison des plantations de café quils possèdent. Bien que le rapport du café soit régulièrement en baisse, en raison de la chute des cours et du vieillissement des plants, il est arrivé que la récolte soit si rémunératrice que les cultivateurs, en manière daction de grâces, ont accroché des rubans rouges aux troncs des caféiers et versé du rhum à leur pied. Le vieux de Vohipanany a dailleurs, de surcroît, des enfants qui ont fait des études et un fils dans ladministration, ce qui ajoute à lautorité à laquelle il peut prétendre. En réalité Iaban'i Justin a fait comme si le tombeau de Marolengo appartenait aux seuls Antelohony d'Ambila et non à tous les Antelohony de la Mananano. Il s'est posé en "père" de tous les habitants de la vallée.
La plaidoirie en défense est digne de lexpert en kabary quest Iabani Justin. Elle se développe sur deux fronts. 1°) Ce nest évidemment pas moi, cest vous, les gens de Vohipanany qui trafiquez des ossements : vous faites exploiter par des étrangers, des Betsileo, une forêt deucalyptus qui se trouve sur la colline des tombeaux. Vous êtes donc complices des voleurs dossements. 2°) Jai agi pour montrer la tradition à des étrangers qui ne sont pas des étrangers puisque nous les connaissons depuis longtemps. Jai bien fait. Si vous contestez ce que jai fait en lespèce, alors cest que vous contestez ce que je fais pour le service de la tradition quand vous venez me chercher pour prononcer un fafy, pour sacrifier, pour organiser des funérailles ou pour arbitrer un litige. Dans ces conditions, séparons-nous. Faisons désormais tombeau à part. Je vous abandonne à votre sort. Nous ferons nos cotisations et nos cérémonies séparément
La trañobe des Antelohony Mainty résultant historiquement de la réunion, sous la pression de ladministration coloniale, de quatre trañobe Antelohony Mainty, Iabani Justin menace donc de rompre cette unité, de revenir à la situation originelle et de rompre lunité de la moitié sud de la colline.
Mis en minorité, car laffaire a remué des choses profondes, il est toutefois condamné à une amende de trois bufs augmentée dune pénalité de 75.000 FM. et, alors quil refuse daccepter cette sanction, les gens de sa lignée lui demandent de s'accommoder de ce verdict, lamende étant ramenée à un buf et 75.000 FM. Il faut, argumentent-ils, préserver lunité de la trañobe. Il ne s'agit plus alors damende ni de reconnaître une faute, mais dune purification, dun sacrifice commun qui doit restaurer lunité du clan.
Laffaire en est là à notre retour en juillet. Alors quil pleut sans discontinuer sur la vallée de la Mananano, nous allons vivre ce que nous avons dénommé entre nous la semaine des canards. Le buf est là, mais personne ne veut le sacrifier. Le fils aîné de Iabani Justin, Jean-Louis, émigré en pays sakalave, est toujours chez son père avec son épouse sakalave et ses quatre enfants, dont deux vivaient déjà chez le grand-père. Nous avons fait aussi la connaissance de Cannetti (surnommé ainsi à cause de ses yeux ronds comme des cannettes) qui est employé dans une usine sucrière de Majunga et qui est là avec sa petite fille Leïla, souvent sur les genoux de son grand-père, âgée denviron trois ans (qui porte probablement ce nom parce que sa mère est karane) et dont nous connaissons le fils, Fabrice, depuis notre premier séjour en janvier 1998. Lémigration des Ampanabaka est traditionnelle et le village dAmbila ny fait pas exception. Les tireurs de pousse quon voit à Tamatave, par exemple, qui sont globalement appelés Antemoro, et qui sont réputés pour leur caractère belliqueux, sont généralement des Ampanabaka. Alors que Jean-Louis paraît se poser en héritier de Iabani Justin, Cannetti ne prendra pas part aux travaux collectifs. En revanche, il se rendra avec Jean-Louis chez Iabani Piaro pour lui dire : Tiens voilà le buf ! Fais-en ce que tu veux ! Lautre aurait marmonné des paroles incompréhensibles, le retour des étrangers ayant quelque peu modifié la donne de laffaire. Le sentiment dunité de la lignée est galvanisé et nous assistons chez Iabani Justin à des discussions passionnées. Même Iabani Jeanchri, dordinaire effacé, senflamme. Pas un instant nous ne serons regardés comme les responsables de laffaire - que nous sommes pourtant, et Iabani Justin lui-même ne se départira jamais de son humour (comme nous la confirmé après coup lécoute des enregistrements effectués pendant cette semaine).
Toutes ces tractations se font alors quil ne se rend plus dans la grande maison. Son avocat est Iabani Vana qui représente alors la lignée. Iabani Justin ne reste pas pour autant inactif et a fait savoir quil avait téléphoné au vazaha (il lui a en réalité fait envoyer un télégramme sans expliciter les attendus de laffaire) qui a tout enregistré avec sa caméra et qui connaît les noms de tous ceux qui sont contre lui. Ils lont injurié dans sa fonction de prêtre et ils ont porté atteinte à lhonneur du vazaha : ils devront en supporter les conséquences. Alors que notre retour est annoncé, on entend les femmes discuter entre elles : Le vieux a vraiment les ancêtres avec lui. On le croyait à terre et voilà le vazaha qui arrive à son secours !. Personne ne veut maintenant endosser la responsabilité du sacrifice. Cest que les adversaires craignent la rétorsion de IabanI Justin, que celui-ci aille porter laffaire en justice, voire que le vazaha porte plainte pour dénonciation calomnieuse... Alors quil est courant, lorsquun litige ne peut être résolu à lintérieur dun clan, de faire appel à un clan symétrique pour arbitrage, conformément à lesprit de la constitution, les Antebe, saisis du différend se récusent, refusant de se mêler de cette histoire empoisonnée qui concerne, disent-ils, les seuls Antelohony et seulement le tombeau des Antelohony. Pour se protéger déventuelles suites, les hommes de Iabani Piaro font alors savoir à Iabani Justin - ô culture du taratasy ! - quil devra signer un papier stipulant quil sengage à renoncer à toute procédure contre eux. Ce dernier refuse évidemment de signer quoi que ce soit. Finalement, alors que nous sommes chez Iabani Justin, son avocat, Iabani Vana, entre, venant de la trañobe. Sasseyant auprès de Iabani Justin, après avoir respecté le temps quil est civil de ménager avant de parler, les salutations terminées, il lui annonce quils ont finalement décidé de signer le papier, deux hommes de chacun des deux clans, pour mettre un terme à cette histoire et refaire lunité des Antelohony. Tout cela sest finalement dénoué dans la grande maison des Antepody qui sont alors les dépositaires de la vata. Le sacrifice peut maintenant avoir lieu.
Alors quil pleut toujours, on fait monter le buf, qui vaquait depuis plusieurs jours entre les maisons broutant sur les terrasses inférieures du village, jusquà la place centrale. Le sacrifice est exécuté par trois ampanompo de la lignée de Iabani Justin qui se chargent aussi de découper la viande et daller la distribuer dans les différentes maisons. Quelques quartiers, dont un pied, arriveront chez Iabani Justin qui fait savoir quil ne consommera pas de cette viande, marquant par là quil est au-dessus et de laffaire et de son dénouement : Je ne mange pas de cette viande, ce sont eux qui mangent... Le soleil réapparaît et on verra le lendemain les femmes revenir de la Mananano portant sur la tête les ballots de linge quelles viennent dy laver, ce que la pluie continuelle avait jusqualors empêché de faire. De lEst de la colline, qui domine la vallée, on peut observer, épandus sur les berges du fleuve ou sur les fils tendus à cet effet entre les maisons du village, les vêtements et les lamba sécher au soleil. La paix est revenue.
Le dénouement de ce kabary qui aura duré 46 jours tient dans lintérêt commun que les protagonistes avaient à solder laffaire. Demander à quitter le tombeau est gravissime, cela revient ou bien à avouer quon a la lèpre ou bien à accuser un membre du groupe davoir la lèpre. A une femme demandant lautorisation douvrir un tombeau, il fut ainsi répondu, alors quelle justifiait que sa famille sétait agrandie et que plusieurs de ses enfants avaient épousé des chinois, quelle pouvait en effet ouvrir un nouveau tombeau à condition quelle-même se fasse enterrer dans le tombeau commun. Si Iabani Justin met à exécution sa menace de quitter le tombeau, cest toute la vallée de la Mananano qui va être souillée. On peut se séparer et ouvrir une nouvelle trañobe, on ne peut pas faire tombeau à part. Le principe constitutionnel dégalité et de compétition des lignées - le motif de la contestation de Iabani Piaro est immédiatement politique : son fils va se trouver en concurrence avec un fils de Iabani Justin pour occuper la tête de maison - a pour régulateur laccord substantiel des vivants et des morts matérialisé par le tombeau.
Les élections municipales de novembre 1999 : Iabani Justin reprend la main
Le 14 novembre 1999, les élections municipales ont eu lieu à Ambila comme dans tout le pays. Six candidats étaient en lice. Deux dentre eux nous sont connus : le chef Z.A.P. (la zone danimation pédagogique qui regroupe 4 communes) qui est aussi responsable du temple protestant (il habite le côté Ouest de la colline dAmbila), ainsi quun instituteur de Vohypanany que nous avons rencontré lors de la visite du village. Pendant la campagne électorale, Iabani Justin quittait généralement sa maison vers neuf heures pour aller se réfugier dans une case au milieu des champs, ne rentrant que vers cinq heures de laprès-midi après le passage des candidats. Tous les candidats ont fait leur visite dans la grande maison pour se faire bénir par les vieux. Plusieurs sont venus voir Iabani Justin en particulier. Notamment un des fils du vieux de Vohypanany qui sest opposé à lui dans le kabary des 46 jours. Iabani Justin la béni pour montrer, a t-il commenté, quun ray aman-dreny ne garde pas rancune (sans toutefois pardonner, expliqua-t-il quand lhomme eut quitté sa maison...). Alors que les garageha dAmbila sont des soutiens fidèles de lAREMA, parti présidentiel, le candidat choisi (le chef Z.A.P. qui nous avait parlé un jour des garageha comme de vieux radoteurs) nayant pas leur agrément, ils se divisèrent. Iabani Justin leur reproche de donner leurs voix au plus offrant. Une lettre reçue du secrétaire de mairie, lui-même propagandiste dun candidat malheureux, nous apprend, alors que la dépense moyenne dun candidat était jusqualors denviron trois cents mille francs, quelle fut de cinq millions de francs pour cette campagne. Ayant refusé de soutenir publiquement aucun candidat, Iabani Justin, au-dessus de la mêlée, accorda finalement son soutien à linstituteur de Vohypanany, qui fut élu à une faible majorité. Ce succès fut aussi commenté au village comme un succès du vieux. Le 15 novembre au matin, au bureau de la commune où les hommes du village et des environs s'étaient rassemblés, les résultats des autres fokontany arrivant et confirmant la victoire de son candidat, on pouvait voir Iaban'i Justin, les mains derrière le dos et affichant un large sourire, un bon mot pour chacun, tel qu'en lui-même, le triomphe modeste à sa façon. C'est une aidimoha, (Commelyna madagascariensis, plante rampante caractérisée par sa résistance) épiloguent les femmes, vous avez beau l'arracher et la piétiner, elle repousse de plus belle
Conclusion : le dérangement ethnologique
Les péripéties ici relatées, qui révèlent le jeu de la tradition et la dialectique des pouvoirs, invitent aussi à réfléchir sur linévitable dérangement que cause la venue de lethnologue. Quoi quil fasse et même quand il cherche à se faire oublier, il est toujours de trop. Courtisé, manipulé ou abusé comme tel, il lui est le plus souvent bien impossible de faire comprendre ses raisons - qui ne sont jamais celles de la tradition. Il pose des questions déplacées, demande quon lui explique des choses évidentes ou sans intérêt... Quand cest un national (et non un vazaha), il est identifié comme un émissaire de ladministration dont on cherche à se protéger et dont on espère tirer profit. Même sil pratique une ethnologie light, préférant lobservation à la question et le partage à lindiscrétion (au point que Iabani Justin a pu confier à Phidélys, au terme de notre premier séjour : Ah ! cette fois ce nétait pas une enquête de police !...), il interfère nécessairement dans les jeux de pouvoir. Lingérence ethnologique est inévitable. Il est clair que la venue des ethnologues chez Iabani Justin est utilisée par ce dernier. Les autres lui font dailleurs reproche de ce que les vazaha viennent toujours chez lui. Quattend-il donc de ces étrangers ? Vont-ils bientôt lui construire une maison en dur ? Le temps de lethnologue étant compté - dans tous les sens du mot - il lui est dailleurs bien difficile de ne pas ruser et de ne pas chercher à tirer profit (pour la bonne cause) des facilités que lui procurent et les moyens techniques et les ressources monétaires dont il dispose - fût-il un vazaha sac à dos. Vous êtes des Zañahary ! nous dira une femme dans une maison collective . Il est donc toujours possible de savoir plus que ce quon veut bien vous dire, de se rendre là où lon nest pas attendu, de forcer les préventions avec des arguments imparables... Mais on peut, conscient de tout cela, estimer aussi que Paris ne vaut pas une messe et quil vaut mieux manquer une information plutôt que de manquer aux usages. La déontologie de lethnologue, qui est à lexact lopposé du droit de capture tel quexposé dans lAfrique fantôme, par exemple, doit avoir en permanence ce jugement de Marr en rappel : Lethnologie est la science des peuples privés de leurs droits. Chose bien difficile quand la différence de moyens et notamment des techniques est flagrante. De quoi est-il question au fond ? du choc des cultures même si, pour une fois, cest celui qui travaille avec des outils analytiques qui souhaite apprendre - ce qui nest pas toujours le cas - et se faire lélève de celui dont les outils analytiques sont englobés dans ses outils symboliques.
Toutes les formes ayant été mises : laisser linitiative aux informateurs potentiels, ne pas sapesantir quand les réponses sont éludées, ne rien faire sans prévenir, ne filmer quà la demande... nous avons néanmoins dérangé. Nous nétions pourtant visiblement pas dans ce cas de figure où, ayant affaire à des spécialistes qui tirent de lésotérisme de leur technique ou du caractère secret de leurs connaissances leur position sociale ou politique, lethnologue est une sorte dinquisiteur venu disputer leur savoir à des hommes qui sont évidemment fondés à résister à ses demandes. La ressource de la compilation historique lui donnant souvent, en loccurrence, une réserve à peu près inépuisable quand le spécialiste nest souvent, lui, que le dépositaire dune lignée dont le savoir à été soumis aux aléas de la transmission et des turbulences historiques. Lhistoire du contact des occidentaux avec les Antemoro a souvent été un jeu de cache-cache dont Narivelo Rajaonarimanana (1990, pp. 247-248), rapportant une anecdote due au scribe Mahefamana Mosa, donne un bon exemple.
En 1958 arriva un Européen du nom de Faublée, collecteur de traditions historiques et dastrologie. Il nous déclara ceci : tous les Européens qui étaient venus chez vous auparavant transcrivaient les récits que vous leur avez communiqués, moi, par contre, je voudrais à la fois transcrire et photographier, page par page (vos manuscrits). En entendant ces propos, le katibo [scribe] Ramanohisoa fut pris de panique car le manuscrit quil avait apporté contenait justement des explications sur lalikilily. De plus cet Européen avait déjà annoncé quil connaissait un savant arabe qui pourrait lui expliquer ce qui na pas été explicité au cours de son bref séjour. Une conversation (en langue secrète) sengagea alors entre les Anakara. Le katibo Ramanohisoa dit à F. Kasanga : Akafore ? Abatanio Akafoy amontsy, ce qui signifie : Quest-ce à dire ? Cache-le, ramène celui-là à la maison et prends-en un autre. Le katibo Ramanohisoa sadressa à lEuropéen : Si cest cela que vous cherchez, Monsieur, eh bien celui qui est sur moi concerne lhistoire de la conquête de ce village et des rizières par nos ancêtres et lhistoire des générations ultérieures, donc vous nen aurez pas, sans doute, besoin, je vais alors prendre un livre plus ancien contenant ce que vous désirez. Leuropéen fut très ravi en entendant lexpression manuscrit ancien. La traduction erronée faite par Kasanga venait aussi à propos car il connaissait un peu la divination concernant lalikilily même sil nétait pas katibo. La conversation reprit de nouveau. Zaojibo jatsy : Notre ami est pris (dans le piège) ; Samy kelihy : On est intelligent et malin des deux côtés [...] Tout le monde était content lorsquarriva le soi-disant livre contenant lalikilily. Et les élèves du katibo dirent : Alefany vohanadahy seko : Le maître est malin ; Nasamako ny seko nasy angany kelihy : Il a réussi à tromper un homme sage. Et lEuropéen demanda : De quoi parlent-ils ? Kasanga répondit avec humour : LEuropéen a tout compris sil connaît vraiment larabe. Et tout le monde se mit à rire, aussi bien lEuropéen que le katibo.
Le paradoxe de la légitimation du pouvoir chez les anciens tributaires de la dynastie Antemoro, cest justement quils ont dû se constituer une légitimité rituelle sans ce fameux savoir qui fondait lautorité des aristocrates. Il est rapidement apparu, dès notre premier séjour, que Iabani Justin par exemple - et cela sest vérifié dautres informateurs - alors que nous parlions de la périodicité des fêtes à Ambila, était un modeste spécialiste du calendrier et quil faisait davantage son profit de lalmanach des postes (qui nest pas en loccurrence un almanach des postes, mais le calendrier dune congrégation où sont indiquées les phases de la lune) accroché à la paroi Nord de sa maison, que du mode de calcul traditionnel du temps. Il tira un jour de la poche intérieure de sa chemise un carnet, quil sortit en dautres circonstances devant nous, pour nous réciter la liste des mois du calendrier traditionnel, avec les parties du corps et les remèdes qui sy rattachent. Avec ce commentaire : Cest B. [un assistant de la Faculté dAntananarivo ayant travaillé pour lORSTOM qui a lui-même appris des rudiments de divination auprès dun vieux aujourdhui décédé] qui connaît bien ça ! Ajoutant : Oui, mais il mangeait du porc et il est mort aujourdhui ! Le constat de cette relation de cause à effet montre bien que, dans lesprit de Iabani Justin, le savoir religieux reste associé à laristocratie - qui se réclamait de La Mecque. Cest le problème de tous les nouveaux régimes, a fortiori quand ils sont issus dune révolution, que d'avoir à se forger les signes de leur légitimité propre. On sait que celle-ci emprunte souvent à la précédente, et que, par exemple et pour changer dhémisphère, ceux qui affichaient déjà quatre quartiers sous lAncien régime regardent avec quelque distraction les nobles dEmpire, pour ne pas parler des membres de la Légion dhonneur. Si les ministres de la République occupent aujourdhui sans complexe les hôtels particuliers du faubourg Saint-Germain, cest quon ne sait plus guère qui en furent les bâtisseurs. Il ny eut que les démocrates grecs pour interdire le mariage avec des filles de famille aristocratique... Le crédit des aristocrates nest vraisemblablement pas épuisé non plus à Ambila, bien quon se soit révélé capable et de les chasser et de se passer deux.
Iabani Justin apprécie manifestement quand on lui chante la chanson à boire du roi dautrefois, mais il nest évidemment pas sans savoir que son statut politique nest pas celui dun dynaste, ses égaux ne se faisant pas faute de le lui rappeler. Il nous a dailleurs déclaré, nous lavons dit, sa préférence pour les fonctions à vie. Laffaire du buf de Mideboka dont il a été question plus haut a vraisemblablement affaibli son crédit et laffaire du tombeau sera loccasion pour ses adversaires - il confirmera cette interprétation quand la question lui sera posée - denfoncer le coin. Un de ses obligés, qui parle dailleurs de lui comme du D. G. (directeur général : cet homme a travaillé autrefois pour des colons et il connaît quelques mots de français) dit en privé : Cest un dictateur ! Un dictateur dont le troupeau ne compte en tout et pour tout... que deux zébus. Au-delà des explications données par les protagonistes comme le dernier mot du kabary, se révèlent aussi les séquelles de lancienne sujétion. Les litiges actuels manifestent sans doute le jeu de la constitution, mais aussi lopposition entre tributaires et aristocrates : laffaire du buf, qui a valu à Iabani Justin une condamnation dun fonctionnaire de lÉtat, a mis aux prises un clan se réclamant de Vohipeno (linterdit du porc près du fatrange ; la terre pour la circoncision) et des Ampanabaka (le frère de Iabani Justin) ; la réappropriation de la rizière a aussi eu pour effet de récupérer une terre aux dépens dusufruitiers Antemaka. Un informateur nous a expliqué que Iabani Piaro était en fait manipulé par le vieux de Vohypanany en raison dun arbitrage contesté dAmbila à propos dun litige foncier survenu entre Vohypanany et Beanana et que celui-ci était prêt à sallier aux Antemaka de Mideboka en rétorsion de ce jugement... Si le prestige de lautorité et le monopole de la légitimation, en quelque sorte, restent plus ou moins reconnus aux aristocrates, comme le démontrent les imitations démocratiques de leurs pompes et de leurs rituels, il nest pas étonnant que, coulés dans un moule organisant légalité des clans, ceux-ci se réclament de leur origine quand un litige sélève. On peut se demander si, au fond de lui-même - pour autant quil soit possible et légitime de faire ce type dinduction - bien que se présentant, nous lavons dit, comme le chef de la Mananano, Iabani Justin nest pas persuadé de régner sans posséder ce quil considère lui-même comme les attributs du pouvoir : lorigine et la science astrologique. Ce trait donne peut-être encore davantage dhumanité à laffaire et rappelle à lethnologue quil nest pas, lui non plus, en mesure doccuper le point de vue de Sirius. Alors que, sur le chemin du retour, nous dirigeant vers notre véhicule, le vazaha, ayant rangé son matériel, se trouve avoir les mains libres et marche bras croisés, Iabani Justin mime aussitôt son geste - qui nest pas sans lui rappeler quelque chose. Chassez le culturel...
Annexe (note n° 10)
Nom du quotidien : Midi Madagascar
Date de parution : Samedi 22 janvier 2000
Numéro de parution : 5004
Page : 10/28
Titre de la rubrique : Malagasy
titre de larticle : Une tornade apporte une mâchoire humaine avec ses dents sur létal dun marché
Auteur : Ismael
Observation : Traduction
Quelle catastrophe présage cette tornade qui a emporté dans son sillage une mâchoire humaine garnie encore de toutes ses dents à Mahazomà, un village dans la région de Maevantanana, le vendredi 14 janvier dernier ? Vers 5 h de laprès midi, une tornade de 15 m de diamètre a traversé le village . Elle a causé beaucoup de dégâts dans le marché, dans le collège denseignement général (C.E.G), dans plusieurs magasins et habitations. Il y a eu également des blessés en raison de la chute des arbres et des tôles soufflées par le vent. Aucune perte en vie humaine na été déclarée. Mais ce qui a étonné les gens et qui a causé une certaine frayeur, cest que cette tornade a emporté une mâchoire humaine munie de dents quelle a déposée sur un étal du marché. La nouvelle sest répandue comme une traînée de poudre, causant peur et inquiétude chez les villageois. Daprès notre correspondant sur place, la tornade na duré que 2 minutes environ.
Nom du quotidien : LExpress de Madagascar
Date de parution : Mercredi 19 janvier 2000
Numéro de parution : 1488
Page : 16/20
Titre de la rubrique : Informations diverses
Titre de larticle : Recrudescence des vols dossements humains : cinq tombeaux cambriolés, perte de 50 ossements humains
Auteur : Clarisse Razafy
Observation : Traduction
Lannée 2000 a commencé par des catastrophes à Amparafaravola. On note la recrudescence des cambriolages de tombeaux dans cette région. Rien quen une seule nuit, trois tombeaux dans trois lieux différents ont été cambriolés et lon a constaté la perte de 42 ossements qui se répartissent comme suit : perte de 15 ossements dans un premier tombeau, 7 dans un deuxième et 20 dans le troisième. La nuit du 12 au 13 janvier, deux autres tombeaux ont été cambriolés : 8 restes mortuaires ont disparu dans lun et 5 dans lautre ; dautres objets de valeur accompagnant ces morts ont également disparu, tels que des bijoux, des assiettes. Hier encore, on a signalé le cambriolage dun autre tombeau dont on ignore encore le nombre dossements emportés. Laffaire est actuellement dans les mains de la gendarmerie dAmparafaravola. Signalons que personne na encore été arrêté dans cette odieuse affaire, même les ossements disparus nont pas encore été retrouvés jusquà maintenant.
Extraits de 1998 et 1999
Nom du quotidien : LExpress de Madagascar
Date de parution : Samedi 03 juillet 1998
Numéro de parution : 1320
Page : 23/28
Titre de la rubrique : Informations diverses
Titre de larticle : Ambatondrazaka : recrudescence des cambriolages de tombeaux
Auteur : N.R
Observation : Traduction
On note une recrudescence des cambriolages de tombeaux actuellement, surtout dans la région dImerimandroso. Cela a commencé ce mois de juin, et selon linformation recueillie auprès des responsables des forces de lordre, le nombre de cambriolage a atteint le nombre de six.
Les cibles sont les restes mortuaires des femmes : ces restes mortuaires sont dispersés pour chercher de lor ou divers bijoux. Il est de coutume, dans cette région de faire accompagner la défunte de ses bijoux ; quoi quil en soit, les os de la poitrine sont les plus fouillés.
Devant cet état de fait, les responsables de la sécurité et de la gendarmerie ne restent pas les bras croisés, même si leur nombre est insuffisant pour couvrir toutes les régions ; ils sefforcent de protéger les biens de la population. Une " opération " [en français dans le texte] est actuellement en cours et une surveillance périodique a été instituée. Le fokonolona est également sensibilisé dans le but de mobiliser les moyens existant pour surveiller les étrangers de passage.
Nom du quotidien : LExpress de Madagascar
Date de parution : Vendredi 26 mars 1999
Numéro de parution : 1243
Page : 20/24
Titre de la rubrique : Informations diverses
titre de larticle : Cambriolage de tombeaux à Moramanga : les bandits ont été incarcérés
Auteur : Ramala
Observation : Traduction
Deux bandits appréhendés par le fokonolona et la gendarmerie de Moramanga en février dernier ont été incarcérés le 3 mars dernier.
Ils ont été pris en flagrant délit en accomplissant ce sacrilège de la tradition. Ils sont blessés car ils ont été malmenés par le fokonolona. Laffaire a été déférée au juge dinstruction du tribunal ; doù la raison de cette incarcération. Des mesures spéciales ont été prises conjointement par le fokonolona et la gendarmerie pour surveiller les tombeaux des ancêtres des habitants de cette région de Moramanga qui est devenue la cible des voleurs dossements.
Nom du quotidien : Madagascar Tribune
Date de parution : Mercredi 19 mai 1999
Numéro de parution : 3153
Page : 4/16
Titre de la rubrique : Société
Titre de larticle : Alaotra : Nombreux ossements de femme emportés par des bandits
Auteur : Sans auteur
Observation : Traduction
Cest une nouvelle rebutante et triste que le délégué de la Radio Nationale Malgache dans la région de lAlaotra a transmis hier matin. Selon cette information, de nombreux tombeaux du fokontany dAmbaniala (Merimandroso) ont été cambriolés, mais seuls les restes mortuaires des femmes ont été emportés. La tête et les linceuls sont laissés sur place, mais le reste du corps est emporté [
]
Les familles propriétaires des tombeaux cambriolés ont porté plainte contre ces actes de banditisme [
] une centaine de cadavres de femmes ont été volés .
On pensait que ces cambriolages avaient pris fin dans cette région de lAlaotra ; mais cela ne fait que reprendre de plus belle ; les forces de lordre de la région ont repris les choses en main, recherchant les fauteurs de trouble. Nous verrons dici peu la fin de ces enquêtes.
Nom du quotidien : Madagascar Tribune
Date de parution : Mardi 31 août 1999
Numéro de parution : 3239
Page : 2/16
Titre de la rubrique : Nation
Titre de larticle : Ambatondrazaka, encore des viols de sépultures
Auteur : Sans auteur
Observation : Texte en français dans le quotidien
Non, les vols des ossements des morts ne sont pas encore éradiqués dans la région dAmbatondrazaka comme on pouvait le croire [
] Actuellement, lémotion est à son comble surtout dans la banlieue dAmbatondrazaka où des tombeaux sont vidés de leur contenu. Les malhonnêtes ont pris dassaut les ossements des cadavres " féminins " - sans troubler toutefois le profond sommeil des membres supérieurs ! Malgré les diverses mesures de contrôle et les précautions prises par le fokonolona, ces individus aux noirs desseins ont déployé des moyens aussi étranges quextraordinaires pour " forcer " ces caveaux fermés par dénormes blocs de pierre !
Comme il fallait sy attendre, les autorités compétentes suivent de très près la piste de ces " cambrioleurs " pas comme les autres.
Nom du quotidien : Madagascar Tribune
Date de parution : Mercredi 15 septembre 1999
Numéro de parution : 3252
Page : 8/16
Titre de la rubrique : Ça et là
titre de larticle : Cambriolage de tombeaux
Auteur : N.T.A
Observation : Traduction
Un complice dun cambrioleur de tombeaux est détenu à Ambatondrazaka depuis le début du mois de septembre.
Il est noté que ce dernier est un receleur des bijoux pillés dans les tombeaux.
La gendarmerie à trouvé sur lui deux anciennes pièces dargent " tsanganolona " et de nombreux bijoux en or.
Nom du quotidien : LExpress de Madagascar
Date de parution : Vendredi Ier octobre 1999
Numéro de parution : 1397
Page : 8/24
Titre de la rubrique : Informations diverses
Titre de larticle : Soanierana-Ivongo : Deux sacs dossements de cadavres pris sur un cambrioleur de tombeaux
Auteur : Clarisse Razafy
Observation : Traduction
Ramiandra dit Sopy, cest le nom du bandit cambrioleur de tombeaux de la région Est de Madagascar. Il a été pris dans les filets des forces de lordre avant-hier avec ... deux sacs dossements de cadavres. Il a été surpris dans la banlieue de Soanierana Ivongo .
Lorsque les forces de lordre ont ouvert les sacs, ils ont découvert des os longs au nombre de 70, et rien que des os longs. Selon les informations reçues, le coupable a été déféré au tribunal de Tamatave et il est détenu en prison en attendant son jugement.
Il nest pas mentionné dans notre dépêche ce quil comptait faire de tous ces os longs.
Si lon fait le point de toutes ces affaires de cambriolage de tombeaux dont est victime la population de la province de Tamatave, on ne sait si ces ossements sont à vendre, sils doivent servir à la fabrication de médicaments ou
de sculptures, ou sils sont destinés à lexportation. Le silence de nos dirigeants est suspect, car les cambrioleurs de tombeaux appréhendés et incarcérés sont légion. Et, comme tout le monde le sait, nos ancêtres sont sacrés pour nous, ancêtres profanés par ces cambriolages de tombeaux. A quand la conférence de presse où il sera rapporté comment le cambrioleur de tombeau utilise les ossements quil a volés, comment tel autre les expédie à tel endroit ? Et sil y a quelquun derrière ces cambrioleurs ?
Nom du quotidien : LExpress de Madagascar
Date de parution : Mercredi 6 octobre 1999
Numéro de parution : 1401
Page : 19/24
Titre de la rubrique : Informations diverses - Informations de Mahanoro
Titre de larticle : Vols dossements : Deux personnes arrêtées
Auteur : N.R
Observation : Traduction
La police nationale a appréhendé 2 voleurs dossements humains à Mahanoro. Ils ont été appréhendés avec plusieurs ossements humains et des " bracelets " de valeur.
Depuis le mois de juillet, selon lexplication donnée par le commissaire de police, des " opérations " spéciales ont été menées suite à des plaintes déposées au commissariat, dont plusieurs plaintes collectives .
La police a organisé des inspections et des rondes dans les environs de la ville. Cette surveillance a abouti à larrestation de deux personnes issues dune famille en situation difficile. Quoi quil en soit, les responsables de la sécurité ont déclaré que depuis un an et demi, dans cette région de Mahanoro, les vols dossements humains sont en régression.
Nom du quotidien : Madagascar Tribune
Date de parution : Lundi 11 octobre 1999
Numéro de parution . 3274
Page : 8/20
Titre de la rubrique : Société
Titre de larticle : Ampefiloha (Antananarivo) : un demi-sac dossements humains
Auteur : N.T.A
Observation : traduction
On a découvert un demi-sac dossements humains enfoui sous un monticule dordures vendredi dernier vers 16 h 30 du coté du Lycée Technique Commercial dAmpefiloha .
Selon nos informations, cest un employé dune société chargée de ramasser les ordures qui a trouvé ces objets étranges.
Cest une grosse soubique bien ficelée qui la intrigué ; dautant plus quelle dégageait une odeur nauséabonde plus forte que celle des ordures. Ce monsieur na pas osé ouvrir tout de suite la soubique, mais il est allé avertir la brigade criminelle qui a ses bureaux non loin de là.
La brigade criminelle, les agents du commissariat dIsotry et des employés du bureau municipal dhygiène se sont rendus sur les lieux pour procéder aux investigations nécessaires et aux identifications ; et lorsque la soubique a été ouverte, ils se sont rendu compte que la soubique contenait des ossements humains emballés et ficelés dans un sac en plastique. Selon la police, il sagit de 28 ossements humains provenant de cinq cadavres différents (quelques ossements sont déjà en mauvais état).
La police na pas encore identifié celui qui a enterré ces ossements sous les ordures, mais selon les informations recueillies sur les lieux, ces ordures qui se trouvent dans lenceinte du lycée nont pas été enlevées depuis déjà quelques années ; cest une entreprise soccupant de la transformation des ordures ménagères qui devait se charger de les enlever.
Ainsi, il est difficile de savoir quand la ou les personnes qui ont volé ces ossements les ont enterrés là, si cest lors de la période de recrudescence des cambriolages de tombeaux ou si cest plus récent..
Nom du quotidien : Madagascar Tribune
Date de parution : jeudi 4 novembre 1999
Numéro de parition : 3294
Page : 2/16
Titre de la rubrique : Société
Titre de larticle : Sahambavy : vols dossements
Auteur : P.R
Observation : Texte en français dans le quotidien
Des ossements humains se répartissant en quatre-vingts tibias, soixante et onze péronés, quatorze radius, quatre-vingt-treize fémurs, deux os du bassin, seize humérus, six colonnes vertébrales, quatre-vingt-deux côtes, deux os de crâne, trois morceaux dos de phalanges de pied et un sternum ont été découverts le 22 octobre dernier à Antaribilava, sur la ligne ferroviaire Fianarantsoa Côte-Est dans la commune rurale de Sahambavy, Fivondronampokontany de Fianarantsoa II.
Des éléments de la Brigade de gendarmerie de Fianarantsoa, accompagnés dun médecin et des représentants du fokonolona sont descendus sur les lieux pour effectuer les constatations relatives à cette découverte macabre.
Ces os trouvés enveloppés et camouflés sous des herbes sèches seraient vraisemblablement en provenance de lEst de lîle, amenés par des voyageurs dun train tombé en panne à cet endroit le même jour avance-t-on sur place .
Ces ossements ont été remis aux responsables de la Commune de Sahambavy pour être inhumés.
Nom du quotidien : Midi Madagascar
Date de parution : Mercredi 21 octobre 1999
Numéro de parution : 4623
Page : 11/ 24
Titre de la rubrique : Malagasy
Titre de larticle : Cambrioleur de tombeaux tué par le fokonolona
Auteur de larticle : A.R
Observation : Traduction
Un cambrioleur de tombeau a été lobjet dun jugement populaire. Il a été surpris en flagrant délit dans le fokontany dAmbodiakatra, commune rurale dAmbohibary, dans la sous-préfecture de Moramanga, la nuit de samedi dernier. Il est mort à la suite de ses blessures. Avant de mourir, Rabe Noël a pu parler et donner des renseignements sur une femme receleuse de restes mortuaires qui lui a fait faire cet acte odieux. Après les recherches, le service de la police judiciaire a pu mettre la main sur cette dernière qui sappelle Mme Solange. Elle a déclaré que lacheteur était un vazaha résidant à Tamatave.
Cela fait un mois que la population de cette commune dAmbohibary est sur le qui-vive à cause de la recrudescence de ces vols dossements qui a atteint le nombre de six. Ainsi, dans la nuit du 17 octobre, la population du fokontany dAmbodiakatra a été surpise en voyant une lueur étincelante sur un tombeau ; comme cétait la pleine lune, il a été décidé daller voir de près ce qui se passait. Environ dix mètres avant datteindre le tombeau, les villageois ont entendu des bruits suspects provenant de lintérieur du tombeau et ont vu des personnes sautant de là et prenant la fuite.
Voyant cela, les villageois les ont poursuivi jusquà une forêt deucalyptus, mais sans réussir à mettre la main sur les voleurs. Ils sont retournés au tombeau, et cest là quils ont découvert des effets vestimentaires oubliés dans la cour. La fouille a permis de trouver deux cartes didentité. Comme la poursuite de ces cambrioleurs na rien donné, les villageois ont alerté le service de la police de Moramanga qui se trouve à 10 km du fokontany dAmbodiakatra. Sur le chemin du retour, ils ont rencontré un homme en train de courir ; ils lont arrêté pour lui demander la raison de cette course ; mais celui- ci , sur le qui-vive, a tout de suite pris la fuite vers la forêt deucalyptus ; la poursuite a repris et cette fois-ci, les villageois ont attrapé lhomme et lont tabassé, lui appliquant immédiatement la sanction populaire. Lhomme était de constitution robuste puisque, après ce traitement, il a encore pu répondre aux questions des villageois. Il a alors dévoilé le nom de la femme qui lui avait fait voler les ossements, et le nom de lami qui la aidé à accomplir sa mission [en français dans le texte] ; cest un certain Dédé Paul. Il a aussi déclaré quils avaient rendez-vous avec cette Solange à Moramanga, le lendemain dimanche. Elle serait en train de prendre un café dans une gargote sous un grand arbre ombrageux, portant un chapeau de feutre.
Rabe Noël a succombé après avoir fourni ces renseignements. Munis de ces informations, le service de la police sest présenté au rendez-vous selon les recommandations du mort et, effectivement, une jeune femme était là en train de siroter son café.
Amenée au bureau du commissariat, elle na pas nié les faits rapportés par le mort, et a tout de suite donné des renseignements sur ce vazaha acheteur dossements résidant à Tamatave. Elle a fait remarquer que sagissant dossements encore récents, lunité se vendait à 25.000 fmg et, sagissant de vieux os, que le kilo se vendait à 800 fmg.
Concernant ce cambriolage de tombeaux, le Député de Moramanga, Mr Charles Andriamahefa a incité les fokonolona à la vigilance pour se préserver de tels actes odieux. Il est à remarquer ici que bon nombre de cambrioleurs de tombeaux et dacheteurs de restes mortuaires ont été appréhendés, mais que, jusquà maintenant, aucune lumière na été faite sur les raisons de ces vols dossements.
Nom d Nom du quotidien : Madagascar Tribune
Date de parution :Jeudi 5 novembre 1998
Numéro de parution : 2993
Page : 8/16
Titre de la rubrique : Nation - Société
Titre de larticle : Ossements de femme très prisés par les cambrioleurs
Auteur : sans auteur
Observation : Traduction
On note actuellement une recrudescence de cambriolages de tombeaux dans quelques communes rurales de la sous-préfecture de Tsaratanana. Trois tombeaux ont été cambriolés ; et les plus prisés par ces voleurs sont, paraît-il, les ossements de femmes.
Voilà qui fait question ; car comment expliquer que les cambrioleurs, dans le noir du tombeau, à quoi sajoute le noir de la nuit, distinguent les ossements de femme, recherchés par les... acheteurs, des ossements dhomme, sans preneur.
Cest donc le monde à lenvers, car auparavant, tout au début de ces cambriolages, cétait surtout les ossements des hommes qui trouvaient preneur ; y a - t- il une évolution dans la demande ? En outre, des rumeurs circulent attestant que ce sont les divers bijoux accompagnant le mort qui sont recherchés dans les tombeaux. Tout ce qui est monnayable intéresse actuellement les bandits, et cela ne fait rien même si les fantômes se mettent en colère !
Nom du qotidien : LExpress de Madagascar
Date de parution : Jeudi 23 décembre 1999
Numéro de parution : 1467
Page : 28/32
Titre de la rubrique : Informations diverses - Un détour dans les régions
Titre de larticle : Ihosy : Un sac dossements humains découvert par la police
Auteur : N.R
Observation : Traduction
On note actuellement une recrudescence des cambriolages des tombeaux dans la région de Tsaratanana. Tout récemment, dans le village de Beanambaraza, commune rurale de Sakoamadinika, deux tombeaux ont été la cible des cambrioleurs en une seule nuit. Tous les bijoux accompagnant les morts ainsi que des ossements ont été emportés par les cambrioleurs. Devant ces faits, les responsables de lordre public dans la région ont pris leurs responsabilités et les mesures adéquates.
Références
ALLIBERT, Claude,
Étienne de FLACOURT, Histoire de la Grande Isle Madagascar, Karthala, 1995,
(édition présentée et annotée par).
BEAUJARD, Philippe,
"Islamisés et systèmes royaux dans le sud-est de Madagascar. Les exemples Antemoro et Tañala". Omaly sy anio, n° 33-36, 1991-1992.
BEAUJARD, Philippe et TSABOTO, Jean,
"Les parias antemoro : les Antevolo", dans : L'esclavage à Madagascar, aspects historiques et résurgences contemporaines. Antananarivo, 1997.
RAJAONARIMANANA, Narivelo,
Savoirs arabico-malgaches, la tradition manuscrite des devins Antemoro Anakara, Institut National des Langues et des Civilisations Orientales, 1990.
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